RDC: une liste de 62 noms des militaires congolais qui profitent et entretiennent le commerce illégal avec le Rwanda a été remise au président Tshisekedi

Selon l’ AFP, une victoire du M23 rendue possible, après plusieurs témoignages, par l’intervention directe de militaires rwandais et la complicité, au moins passive, de l’Ouganda accusé d’avoir laissé passer par son territoire des troupes rwandaises qui auraient pris Bunagana à revers, alors que les hommes du M23 frappaient à partir du sol congolais. “Ce qui se passe à l’Est est dangereux, très dangereux”, lance un des chefs d’une des communautés ethniques du Nord-Kivu. “La radicalisation des acteurs, la stigmatisation des Tutsis, qu’ils soient ougandais, rwandais ou congolais est très mauvaise. C’est vraiment très très mauvais”, insiste-t-il, avant de poursuivre, prophétique, “ce n’est que le début de quelque chose qui peut faire exploser une République démocratique du Congo dont le pouvoir n’a peut-être jamais été aussi faible et évanescent”.

L’armée congolaise, elle, a tenté d’expliquer mardi que son retrait était “tactique” et visait “à éviter un coût en vies humaines trop élevé”, selon un responsable militaire confirmé par Jean-Claude Mbabaze, le président de la société civile de Rutshuru, territoire dans lequel se trouve la ville frontière de Bunagana.

À quoi a servi l’état de siège imposé par le président Tshisekedi qui nous a fait souffrir depuis plus d’un an ? Où sont les troupes ougandaises qui devaient renforcer la puissance de notre armée ? Pourquoi le président ne vient-il pas ? Pourquoi ne force-t-il pas des négociations avec le M23 ?”, interroge Didi Niamwisi, commerçant de Goma, sans travail depuis lundi matin “parce que les marchandises ne viennent plus de Bunagana”.

Face à cette situation de plus en plus inquiétante, les Congolais ciblent largement les Tutsis dans toute la région. “Les gens du M23 sont des Tutsis qui se font passer pour des Congolais et qui sont soutenus par des Tutsis du Rwanda et de l’Ouganda”, selon le témoignage en swahili largement diffusé sur les médias et les réseaux congolais, d’une dame qui serait une habitante de Bunagana.

“Il ne fait guère de doutes que le M23 ne peut passer à l’offensive sans l’aval du Rwanda qui a mal vécu le rapprochement entre Kinshasa et Kampala. La sécurisation de cette région frontalière pourrait siffler la fin des trafics entre les deux pays qui profitent à quelques hauts gradés congolais, expliquait la semaine dernière un diplomate occidental.

Ces militaires congolais qui profitent et entretiennent le commerce illégal avec le Rwanda ont été largement identifiés. Une liste de 62 noms a été remise au président Tshisekedi, notamment par Jean-Pierre Lacroix, le secrétaire général adjoint de l’Onu aux opérations de maintien de la paix, et Madame Bintou Keïta, la représentante spéciale du secrétaire général de l’Onu en RDC. Il y a quatre mois qu’il a cette liste. On espérait qu’il allait réagir rapidement et déplacer ces militaires, on attend toujours. Ça pose question sur sa vraie détermination.”

Avec la reprise des violences, les trafics peuvent se poursuivre et les responsables demeurer en place, l’urgence n’autorise pas ce type de réorganisation. Une fois encore, c’est la population civile et les hommes de troupe sur le terrain qui sont les vraies victimes de ce désastre.

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